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31 mars 1983: L’interlude colombien Suggérer par mail

Dans ses mémoires, Arthur déclare que toute personne se lançant dans une carrière musicale doit posséder deux qualités : l’amour de l’art et un enthousiasme sans bornes. Il déplore de constater que beaucoup de professionnels, contraints de passer de longues heures à répéter avec des chefs indifférents et égotistes, finissent par considérer la musique comme un simple gagne pain. La flamme du départ, disparue depuis longtemps, se remet parfois à vaciller quand un heureux hasard leur offre l’opportunité de travailler avec des artistes ou des chefs capables de les réveiller. 

A l’inverse, Arthur se souvient d’avoir souvent travaillé avec de jeunes musiciens, choristes et instrumentistes, et d’avoir été impressionné par leur total engagement et leur volonté d’atteindre la perfection et non pas de ces personnes regardant leur montre à la dérobée ou passant le temps des pauses en conférence groupés autour d’un délégué syndical. 

Pour illustrer ce propos, Arthur évoque l’aventure du « European Community Youth Orchestra » prédécesseur du « European Union Youth Orchestra » patronné par l’Union européenne. A cette occasion il crée le chœur « International Youth Chorus » à partir de jeunes chanteurs de pays aussi éloignés que la Norvège, la Hongrie et la Colombie. Le programme inaugural comporte des extraits des Pièces Sacrées de Verdi et de la « Symphonie de Psaumes » de Stravinsky. Le chef est Claudio Abbado et la ville choisie est Rome. Le succès couronne une série de concerts télévisés dans toute l’Europe. C’est alors que le chef de la délégation colombienne prend contact avec Arthur, lui offrant de venir en Colombie pour y donner des concerts avec un programme de son choix, à l’occasion du festival de musique religieuse de Popayán.

Arthur accepte et propose deux œuvres : « Exultate, jubilate » de Mozart et le « Requiem » de Fauré, l’arrangement financier se limite aux frais de voyages et d’hôtel pour Arthur et son épouse. L’accueil est chaleureux à l’arrivée à Popayán, ville située dans le sud-ouest du pays. L’hôtel « Monasterio » installé dans un ancien monastère franciscain attenant à l’église San Francisco et entouré d’une végétation luxuriante, est très agréable.

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Hotel Monasterio et Templo de San Francisco
Popayán, Chef lieu du Cauca (Colombie)

Les choristes viennent de différentes villes du pays. Arthur constate avec tristesse leur total dénuement. Ils ne disposent pas de conservatoire de musique et la plupart des professeurs de chant et de musique ont émigré aux Etats-Unis où ils ont la possibilité de gagner leur vie. Le seul orchestre de qualité « El Orquesta Nacional de Colombia » a été engagé pour la circonstance. Arthur est impressionné par le niveau des chœurs (qui chantent tout de mémoire) compte tenu de l’absence d’infrastructure musicale.

Interrogé sur ses méthodes de travail, le chef du chœur de la ville de Medellin explique que, ne disposant pas de pianiste, il fait répéter les sopranos en leur jouant la partition au violon par séquence de quatre mesures. Ensuite il procède de même avec chacun des trois autres pupitres. Quelle belle leçon d’humilité !

Le concert est prévu pour clôturer les célébrations officielles de la Semaine Sainte. Chaque soir, des processions colorées parcourent les rues de cette ravissante ville coloniale espagnole du 16ème siècle. Les répétitions se passent bien, Arthur parvient à fondre dans un ensemble cohérent les éléments disparates de ce chœur, et même à contrôler en grande partie, les éléments les plus incontrôlables de l’orchestre.

Le matin de la répétition générale, au moment du petit déjeuner, on entend soudain comme un crescendo de roulement de timbale. Les piliers de la salle de restaurant vacillent, le responsable de l’établissement crie « Terremoto ! » et tout le monde se précipite à l’extérieur sous une pluie d’objets les plus divers. Heureusement les choristes et les musiciens sont épargnés et rejoignent Arthur dans le jardin. C’est alors un va-et-vient d’hélicoptères, les rues sont en ruines la route de l’aéroport impraticable.

Des correspondants de l’agence de presse internationale arrivent des Etats-Unis. Un journaliste s’adresse à Arthur et lui demande sans préambule : « Il y a combien de morts dans votre groupe ? ». Il se fait rabrouer sans ménagement. Néanmoins, on pourra lire dans la presse du lendemain, la phrase suivante extraite d’une prétendue interview exclusive d’Arthur : Le célèbre chef s’écrie « Où est mon orchestre ? ». En fait, malgré les supplications d’Arthur, l’orchestre quitte Popayán, par le premier moyen de transport disponible.

Le chœur, pour sa part, décide de rester pour donner le concert en mémoire des victimes du matin. L’orchestre est remplacé par un piano extrait des décombres et apporté à dos d’homme par quatre choristes jusqu’au jardin de l’hôtel. Arthur dirige, juché sur une table. Le baryton, Neal Schwantes, se met à chanter quand une réplique du séisme secoue la ville. Le chœur et le soliste qui s’est agenouillé, continuent à chanter. Arthur se souvient de cet épisode comme d’un des plus émouvants de sa carrière. L’année suivante, un petit livre illustré sera publié sous le titre « Twelve Seconds in Popayán ». Il raconte la terrifiante histoire et conclut avec une photo du Requiem de Fauré montrant le chœur chantant, priant et peut être pleurant. 

En mars 2005, lors de l’ouverture du 42e festival de musique religieuse de Popayán, son président, Rodrigo Velásquez Àngel, rappellera cet événement en introduction d’un entretien accordé à l’organe de presse colombien « ciudadblanca.com ».

Actuellement, le nom d’Arthur Oldham est mentionné sur le site internet de deux orchestres colombiens, les « Orquesta Filarmónica de Medellin » et « Orquesta Sinfónica de Colombia ». Il figure parmi les « Maestros » qui ont dirigés leurs chœurs respectifs. L’ « Estudio Polifónoco de Medellin » créé en 1970, cite Arthur dans une liste de 16 noms, après celui de Mario Gómez-Vignes, compositeur d’origine chilienne. Pour sa part, le « Coro de cámara de Popayán » créé le 18 décembre 1967, le cite parmi 21 noms, après celui de Claudio Abbado.

N.B. : Le séisme du 31 mars 1983 qui a secoué le sud-ouest de la Colombie, a détruit la plus grande partie du centre historique de Popayán, faisant 500 morts et 3.000 sans abri. En 1986, le « Coro de cámara de Popayán » accompagnera la méditation du pape Jean-Paul II venu se recueillir sur les ruines de la cathédrale.

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