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Un Szymanowski sensuel à souhait
02-05-2012


Pierre Boulez étant toujours éloigné des pupitres du fait de problèmes ophtalmologiques persistants, c’est Peter Eötvös qui dirigeait le programme Bartok et Szymanowski donné ce mercredi 3 mai dans une salle Pleyel bien remplie. Le London Symphony Orchestra en déplacements européens (Bruxelles, Paris) était pour l’occasion accompagné par le London Symphony Chorus. Le programme prévu par Boulez avait été maintenu à l’identique, ce qui n’est pas étonnant étant donné le parcours d’Eötvös qui a souvent croisé celui de Boulez, notamment à l’Ensemble Intercontemporain dont il a assumé la direction de 1979 à 1991. Peter Eötvös, né en 1944 dans une Transylavanie alors hongroise, est lui aussi compositeur et on se souvient notamment de son opéra «Trois sœurs» créé avec succès à Lyon il y a quelques années. Mais il est aussi un chef réputé, et pas uniquement pour la musique contemporaine. Il fut ainsi principal chef invité de l’orchestre de la BBC de 1985 à 1988 et est régulièrement invité notamment aux «Proms» et à Berlin.

Le concert débutait par la célèbre «Musique pour cordes, percussion et célesta» de Bartok à qui Kubrick a donné une seconde jeunesse dans «The Shining». Plus de 75 ans après sa création à Bâle en 1937 sous la direction du dédicataire et commanditaire Paul Sacher, cette incroyable musique, au climat sonore unique, a gardé tout son impact et sa force. Sa nomenclature qui exclut bois et cuivres permet une disposition orchestrale originale avec quatre contrebasses de chaque coté du chef et des violoncelles derrière l’imposante percussion. Dans la fugue de construction symétrique qu’est le premier mouvement, Peter Eötvös rend magnifiquement son caractère oppressant grâce à un superbe crescendo des cordes qui sonnent avec un unisson de belle qualité. Dans l’allegro le thème populaire servant de base à la mélodie est transformé en une fête sonore utilisant le côté percussif du piano, qui joint au xylophone, scande la rythmique. Le célèbre adagio, sans équivalent dans l’histoire de la musique, utilise des combinaisons sonores inouïes et à chaque écoute surprenantes ici parfaitement mises en valeur. L’allegro final, pendant du premier mouvement, jubile de rythmes, sonorités et contrastes en tous genres. Toute la virtuosité, souplesse et précision du London Symphony Orchestra sont sollicitées dans cette musique si délicate à mettre en place et à faire sonner juste. La direction précise, engagée et à mains nues de Peter Eötvös est naturellement pour beaucoup dans ce magnifique rendu sonore.

Le concerto de violon n°2 de Bartok qui suivait est dédicacé au violoniste hongrois Zoltan Székely qui le créa avec le Concertgebouw d’Amsterdam dirigé par Mengelberg le 23 mars 1939. Là encore ce fût une interprétation de haut vol pour une œuvre riche et contrastée. Nicolaj Znaider, violoniste danois, est manifestement très à l’aise dans cette musique changeante. Le premier mouvement qui commence par un solo de harpe (!) campe un climat harmonique résolument moderne dans lequel certains ont pu voir une allusion à l’Ecole de Vienne et au concerto d’Alban Berg. Dans le second mouvement, le dialogue du violon avec les différents instruments à vents puis avec la timbale, véritable soliste lors de ce fascinant mouvement, est d’une grâce infinie. Ici comme durant tout le concert le timbalier Nigel Thomas se couvre de gloire. Le dernier mouvement permet à Znaider de montrer ce qu’il sait faire en terme de virtuosité : du très grand art ! Le Bach de la seconde partita donné en bis confirme la beauté extraordinaire de son de ce Guarnerius del Jesu «Kreisler» que Znaider joue grâce à un prêt.

Ce concert se terminait par une interprétation puissante et passionnée de la troisième symphonie de Szymanowski, trop rarement donnée à Paris (la dernière représentation datant de 2001). Pour l’occasion le London Symphony Chorus, déjà en grande partie présent sur scène pour écouter la première partie du concert (comme on les comprend), et le ténor Steve Davislim rejoignaient l’orchestre. Peter Eötvös déchaîne l’orchestre dans les incroyables crescendi de cette musique d’une riche sensualité de timbres et qui évoque par moment les "Gurrelieder" ou le Scriabine du "Poème de l'extase" tout en citant le prélude du troisième acte de Tristan. Le London Symphony Chorus, en effectif modeste (91 chanteurs) a d’ailleurs souvent du mal à passer l’orchestre lors de ces splendides tutti que Peter Eötvös fait sonner sans qu'ils ne saturent jamais. Dans le reste de l’œuvre le chœur fait preuve de précision, d’un beau son et d’une belle homogénéité. Le ténor Steve Davislim, au timbre rayonnant, se coule dans cette musique avec un manifeste plaisir, délicatesse et précision. Très bel accueil d’un public chaleureux et enthousiaste. Ceux qui ont manqué le débat entre MM Hollande et Sarkozy ont été largement récompensés …

Gilles Lesur

Salle Pleyel, 3 mai 2012, London Symphony Orchestra, London Symphony chorus (chef de chœur invité : Roger Sayer), Béla Bartok, Musique pour cordes, percussion et célesta, Concerto pour violon n°2 avec Nikolaj Znaider, Karol Szymanowski Symphonie n°3 «Chant de la nuit», Steve Davislim, ténor, direction : Peter Eötvös

En raison de la commémoration des 130 ans de la naissance de Szymanowski en 2012 une intégrale des symphonies par le London Symphony Orchestra et cette fois Valery Gergiev est programmée à Pleyel à la rentrée. Ainsi, si vous souhaitez découvrir la troisième symphonie de Karol Szymanowski rendez-vous le 15 décembre 2012.

L'enregistrement de la symphonie n°3 publié par DGG sous la direction de Pierre Boulez avec ce même Steve Davislim, les «Wiener Philharmoniker» et le «Wiener Singverein» préparé par Johannes Prinz, est considéré par beaucoup comme le plus abouti. Il est couplé au premier concerto de violon de Szymanowski joué par Christian Tezlaff. Ce disque a été récompensé par de nombreux prix. L'autre enregistrement de référence est celui de Simon Rattle réalisé pour EMI en 1994.

L’iconographie utilisée ici et intitulée «Chants de la nuit» est due à Alphonse Osbert, peintre symboliste né à Paris en 1857.

Vous voulez mieux connaître cette symphonie de Szymanowski, cliquez ici  www.minu.me/69yp

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