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Tout sur Orfeón Donostiarra, l'un des meilleurs choeurs du monde
02-08-2012


«L’un des plus beaux chœurs du monde, tout simplement...», c’est en tout cas ce qu’écrivait Alain Cochard sur Concert Classic à l’occasion du dernier passage d’Orfeón Donostiarra à Paris pour une extraordinaire «Résurrection» donnée à Pleyel en mars 2012 avec Tugan Sokhiev. Pour comprendre, un retour en arrière et quelques explications s’imposent. Orfeón Donostiarra est un chœur amateur fondé en 1897 à San Sébastian (Donostia en langue basque) par Luzuriaga y Oñate. D'abord exclusivement composé d'hommes, il est devenu en 1909 un choeur mixte. Depuis sa création, il n’a connu que quatre directeurs : Secundino Esnaola (1902-1929), Juan Gorostidi (1929-1968), Antxon Ayestarán (1968-1986) et depuis 1987 José Antonio Sainz Alfaro. Après un rayonnement d’abord local, puis rapidement national, Orfeón Donostiarra acquiert à partir de la fin des années 1950 une reconnaissance internationale avec par exemple en 1957 une participation à un «Requiem» de Brahms au Théâtre des Champs Elysées sous la direction du chef espagnol Ataulfo Argenta et en 1962 à une «Atlantide» de Manuel de Falla à Edimbourg avec Igor Markevitch. Mais c’est Antxon Ayestarán, le troisième directeur d’Orfeón Donostiarra qui va véritablement hisser Orfeón Donostiarra à un niveau professionnel, objectif atteint à partir du début des années 1980. C’est d’ailleurs sous la direction d’Antxon Ayestarán qu’Orfeón Donostiarra fait ses premières apparitions à la Philharmonie de Berlin (Carmina Burana avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin et Rafael Frühbeck de Burgos en janvier 1973), puis au Royal Festival Hall (1980), avant de partir en tournée aux Etats-Unis (1980), puis en Israël (1982) et en URSS (1986). C’est également à cette époque que paraissent les premiers enregistrements pour EMI et qu’Orfeón Donostiarra devient invité régulier des prestigieux festivals de Grenade, San Sébastian, Santander et de salles prestigieuses tels que l’Auditorium de Madrid et le «Palau de la Musica» de Barcelone.
Le 22 décembre 1986, la disparition brutale d’Antxon Ayestarán dans un accident de la circulation à seulement 47 ans est un choc immense pour tous les chanteurs d'Orfeón Donostiarra. José Antonio Sainz Alfaro, dit «Sani», physicien de formation, baryton à Orfeón Donostiarra depuis 1974 et formé comme assistant par Antxon Ayestarán, est nommé directeur en 1987. Sani va faire franchir à Orfeón Donostiarra une nouvelle étape vers encore plus d’excellence et de rayonnement. Il poursuit le travail initié par son prédécesseur, élargit le répertoire et étoffe la structure en y adjoignant un chœur d’enfants et un chœur d’adolescents, véritables viviers en perpétuel renouvellement pour le chœur d’adultes. Il instaure avec Michel Plasson et l’Orchestre du Capitole de Toulouse une collaboration régulière et relance une active politique d’enregistrement, dont beaucoup seront bientôt récompensés par des prix. Dès lors les engagements internationaux d’Orfeón Donostiarra se succèdent au plus haut niveau. En 1992, Orfeón Donostiarra chante dans le cadre de l’exposition universelle de Séville avec Lorin Maazel et l’Orchestre de Pittsburgh, puis participe à la récréation à Toulouse du «Mors et Vita» de Gounod et à une tournée que font en 1993 en Espagne, Zubin Mehta et l’Orchestre Philharmonique d’Israël.
En 1997, année du centenaire de la création du chœur, les collaborations sont particulièrement exceptionnelles avec un «Oedipus Rex» donné avec le Los Angeles Philharmonic Orchestra dirigé par Esa Pekka Salonen, un concert Cherubini et Verdi avec Riccardo Muti et l’Orchestre de la Scala, la réouverture du «Theatre Real de Madrid» avec la «Vida Breve» et une première collaboration avec Claudio Abbado pour une symphonie «Résurrection» à Madrid, encore dans toutes les mémoires. Cette première rencontre séduit Claudio Abbado qui dirigera de nouveau Orfeón Donostiarra à Berlin pour le concert de la Saint-Sylvestre dédié à l’Espagne en 1997 et le «Requiem» de Verdi du centenaire Verdi en 2001, à Lucerne pour l’ouverture du Festival en 2003 avec une «Résurrection» devenue légendaire et à Caracas en 2006 pour une «Neuvième» de Beethoven avec le Simon Bolivar Orchestra. Entre temps, Orfeón Donostiarra participe à six représentations de «La Damnation de Faust» mis en scène par la «Fura del Baus» et sous la direction de Sylvain Cambreling au Festival de Salzbourg en 1999 et à un «Requiem» de Berlioz dans le cadre du «Festival de la Ruhr» en 2004. En 2006, Orfeón Donostiarra chante la «Neuvième» en plein air à Séville et sur la «Plazza Mayor» de Madrid avec le "West-Eastern Divan Orchestra" et Daniel Barenboïm, qui avait déjà dirigé l'ensemble dans la «Messe en fa» de Bruckner à Berlin à l’automne 2001.
En 2007, pour les 110 ans de l’ensemble, un grand concert gratuit donné dans le vélodrome de San Sébastian réunit environ 10000 auditeurs et fait l’objet d’un DVD. Cette même année anniversaire, Orfeón Donostiarra donne par deux fois la symphonie «Résurrection» avec l’orchestre Philharmonique de Berlin et Sir Simon Rattle aux Canaries, dont un concert pour l’inauguration du magnifique auditorium de Tenerife construit par Santiago Calatrava. On raconte que Simon Rattle, présent dans le public à Salzbourg pour «La Damnation de Faust» et très enthousiasmé par Orfeón Donostiarra, souhaitait depuis collaborer avec cet ensemble. Par ailleurs, au départ de Michel Plasson de Toulouse, Tugan Sokhiev est d’emblée séduit par la qualité et l’esprit de ce chœur comme par la personnalité de son chef. Cette entente artistique et humaine, mêlée de respect et d’admiration réciproques, donne d’emblée lieu à de nombreuses collaborations («en parfaite osmose» comme aime à le dire Tugan Sokhiev) dans quelques-uns des chefs d’œuvre du répertoire, tels que la «Symphonie de Psaumes» (2006) et «Alexandre Newski» donné à Toulouse (2006), Paris (2009) et San Sébastian (2010), le «Requiem» de Verdi à San Sébastian et Toulouse en 2007, «La Damnation de Faust» à Toulouse en 2010 et à Toulouse et Paris en 2013, le «Requiem» de Verdi et la «Neuvième» à Orange en 2008 et 2011.
Car Orfeón Donostiarra est aussi le chœur de la «Quincena Musical de San Sebastian», le plus ancien festival de musique classique d’Espagne fondé en 1939, qui accueille chaque année, dans cette magnifique ville basque pleine de charme et de caractère, les meilleurs orchestres et chefs. Ainsi lorsque sont invités à San Sébastian David Robertson («La Damnation de Faust», Orchestre National de Lyon, 2001), Daniele Gatti («Requiem» de Verdi, Royal Philharmonic Orchestra, 2001), Marek Janowski («Messe en fa» de Bruckner, Orchestre de la Radio de Berlin, 2002), Lorin Maazel («Symphonie Résurrection», Orchestre Philharmonique d’Israël, 2002), Zubin Mehta («Neuvième», Orchestre du mai musical florentin, 2008), Valery Gergiev («Roméo et Juliette» de Berlioz, Orchestre du Théâtre Marinsky, 2010), Michaël Pletnev («Les Cloches» de Rachmaninov, Orchestre National de Russie, 2010) ou Yannick Nézet-Séguin (Troisième symphonie de Mahler, Orchestre Philharmonique de Rotterdam, 2011), Robin Ticciati (Requiem de Fauré, Orchestre de chambre d'Ecosse, 2013), Mark Elder (Messe Glagolitique, Orchestre Hallé, 2012), Yuri Temirkanov (Ivan le Terrible, Orchestre de Saint Petersbourg, 2012), Jonathan Nott (Symphonie de Psaumes, Orchestre de Bamberg, 2012), ces derniers programment volontiers des œuvres avec choeur. En 2005, Orfeón Donostiarra participe à San Sébastian avec d’autres chœurs espagnols à la «Symphonie des Mille» de Mahler sous la direction de Victor Pablo Pérez. Il y aussi ces nombreuses invitations, soit ponctuelles (Festival de Montreux 1999, Festival de Saint-Denis 2006, Vienne 2007, Francfort 2009), soit régulières dans le cadre de festivals à Santander (2006, 2008, 2009), Cuenca (2007, 2011, 2013), aux Canaries (2005, 2007, 2008) ou à l’étranger (Montpellier 2011, 2012) et le désormais traditionnel concert de bienfaisance donné tous les ans le 30 décembre à Bilbao.
Parmi les œuvres les plus souvent chantées par Orfeón Donostiarra, on trouve Carmina Burana (y compris une fois en présence du compositeur!), la «Neuvième» de Beethoven, les «Requiem» de Verdi, Fauré, Brahms et Mozart, la symphonie «Résurrection», véritable carte de visite d’Orfeón Donostiarra, la symphonie N°2 dite «Lobgesang» de Mendelssohn et bien entendu "La vida breve" de de Falla, enregistrée avec Victoria de Los Angeles et régulièrement donnée depuis, par exemple et avec très grand succès en juin 2013 à Toulouse sous la baguette experte de Josep Pons. L’immense répertoire d’Orfeón Donostiarra n’empêche pas son directeur actuel de continuer de l’enrichir avec la «Messe Sainte Cécile» de Gounod chantée pour la première fois le 30 décembre 2011 à Bilbao, le «Stabat Mater» de Poulenc donné avec grand succès à Lyon en janvier 2011 ou la «Messe Glagolitique» de Janacek donnée pour la première fois à San Sébastian en août 2012. Et Orfeón Donostiarra a également à son répertoire des œuvres françaises jamais ou trop rarement données, par exemple le «Rédemption» et les «Béatitudes» de Franck, la «Missa cum Jubilo» de Duruflé, «Le Roi David» et «Jeanne d’Arc au bûcher» d’Honegger, la troisième symphonie avec chœurs de Ropartz, "Résurrection" de Roussel ainsi que quelques raretés («Missa Solemnis» de Cherubini, «Christus» de Liszt, «The Dream of Gerontius» d’Elgar, «Le Mystère de la Nativité» de Frank Martin). Plus surprenant, cet ensemble possède également à son répertoire de nombreux opéras (Otello, Nabucco, Un Bal Masqué, Carmen, La Flûte enchantée, Fidelio, Boris Godounov, Parsifal, Œdipe d’Enesco) et de manière plus naturelle de très nombreuses zarzuelas. Une seule grande œuvre manque curieusement à l’appel : le «War Requiem» de Britten.
Analyser le son d’un chœur est difficile. Mais lorsque l’on a eu la chance d’entendre Orfeón Donostiarra en direct, il est possible d’en reconnaître ce son unique, toujours remarquable de justesse, de précision et d’engagement. Il s’y ajoute une capacité vraiment inouïe (au sens premier du terme) à faire d’incroyables nuances allant du plus impalpable pppp au plus décoiffant fffff, une qualité qui a d'emblée séduit Claudio Abbado et impressionne à chaque fois les chefs invités. Sans oublier un vrai sens du texte et donc de l’articulation, des attaques toujours précises et la beauté unique des timbres, qui se mélangent sans s’anéantir les uns les autres bien au contraire. A des voix de femmes précises et claires s’associent des ténors puissants, virils et lumineux et des basses sonores aux abîmes souvent somptueux. Enfin, Orfeón Donostiarra c’est aussi un sens du collectif peu commun auquel participent la tenue et l’attitude, toujours impeccables, des chanteurs sur scène. Quant à l’autre signature d’Orfeón Donostiarra, il s’agit de la tenue traditionnelle toute blanche, chaussures et caches-partitions inclus, des femmes de ce chœur. Pas de doute Orfeón Donostiarra est unique !
Comment ce miracle artistique et humain fonctionne-t-il au quotidien ? Il semble que le secret réside d’abord dans le fait qu’Orfeón Donostiarra est une structure indépendante organisée avec un président (José María Echarri Campo), un conseil d’administration et de nombreux donateurs ce qui est source d’autonomie financière et de fonctionnement. La meilleure preuve de cette indépendance est l’existence du siège d’Orfeón Donostiarra, plusieurs étages dans un immeuble situé en plein centre historique de San Sébastian et notamment dédié aux répétitions dans une salle ad hoc, à la formation des enfants, aux diverses activités administratives et aux archives. Mais rien de cela ne serait utile s’il n’y avait pas un grand nombre de chanteurs passionnés et disponibles (environ 180 permettant une souplesse des effectifs et de donner plus de 30 concerts par an), avec un mélange générationnel en permanent renouvellement qui fait se côtoyer des jeunes qui découvrent le répertoire et des anciens capables de chanter les œuvres phares au pied levé. Enfin, vous rajoutez à cela beaucoup de travail (3 répétitions par semaine!), une communication très active (conférence de presse de présentation de saison, lettre et bulletin électroniques réguliers, répétitions ouvertes, compte Twitter) et une personnalité rare, Sani, musicien exigeant et homme fin, drôle et modeste qui de plus sait créer une ambiance à la fois détendue, chaleureuse, accueillante et très professionnelle. Un Sani qui n’hésite pas à prendre lui-même la baguette et à diriger son chœur dans des œuvres telles que «Carmina Burana», la «Neuvième», le «Requiem» de Verdi, le «Stabat Mater» de Rossini ou le «Requiem» de Mozart. Il y a quelques années un journaliste espagnol demandait à Sani «Pourquoi n’y a-t-il pas plus de bons chœurs ?» ce dernier répondait avec malice et perspicacité «Parce qu’il n’y a pas beaucoup de bons chefs de chœur…» ! Bienheureux chanteurs de San Sébastian, vous avez trouvé un homme rare, un magicien comme dit avec affection, sa dévouée et si sympathique collaboratrice, Sonia Esturo Elejalde.
Pour terminer, laissons la parole à deux chefs d’orchestre. Le premier, Marek Janowski, dont on connait l’allergie chronique aux chœurs amateurs déclarait après avoir dirigé Orfeón Donostiarra en 2002 à San Sébastian «Durant toute ma vie professionnelle j’ai préféré travailler avec des chœurs professionnels après trop de déceptions avec des ensembles amateurs. Ma première expérience avec Orfeón Donostiarra fut stupéfiante et m’a fait changer mes préjugés. Ce chœur fonctionne à l’égal d’un chœur professionnel». Quant à Tugan Sokhiev, il disait en interview en 2009 «Pour Alexandre Newski, j’aurai la joie de retrouver Orfeón Donostiarra, un ensemble de toute première qualité, composé de chanteurs amateurs mais supérieur de mon point de vue à bien des chœurs professionnels… je suis heureux de me produire à Paris en compagnie de ces choristes». Des mots qui ne trompent pas. Orfeón Donostiarra, vous êtes bien l'un des meilleurs chœurs du monde, bravo et gratias por todos !

Gilles Lesur

Vous pourrez cette année entendre Orfeón Donostiarra les 3 et 5 février 2014 à Toulouse puis Paris dans une version de concert de Boris Godounov avec Ferrucio Furlanetto, l’Orchestre du Capitole de Toulouse et Tugan Sokhiev et le 7 août à Monaco dans la cour du Palais Princier dans un Carmina Burana dirigé par l’octogénaire Rafael Frühbeck de Burgos.

Enfin signalons que la ville de San Sébastian sera en 2016 «Capitale Européenne de la Culture». A n’en pas douter Orfeón Donostiarra sera de la fête.

Les deux enregistrements de l’ile déserte sont sans doute «Carmina Burana», une exceptionnelle démonstration de l’incroyable niveau de ce chœur et le disque Duruflé comprenant le «Requiem» et la «Missa cum Jubilo», tous deux réalisés avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse et Michel Plasson chez EMI. En DVD, le «Requiem» de Verdi du centenaire à Berlin en 2001 et la «Résurrection» de Lucerne en 2003 sont sans conteste les témoignages visuels et sonores les plus parlants sur le niveau exceptionnel d’Orfeón Donostiarra. Ceux qui s’intéressent à l’opéra français pourront aussi découvrir des intégrales de raretés passionnantes, tels le «Guerrecoeur» de Magnard, «Oedipe» d’Enesco (avec un José van Dam exceptionnel) ou «Padmavâti» de Roussel où Orfeón Donostiarra brille également de mille feux.

Vous voulez en savoir encore plus sur Orfeón Donostiarra, cliquez ici www.orfeondonostiarra.org



Dernière mise à jour : ( 04-01-2014 )
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