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Fischer et Mahler font un mahleur
28-09-2012


Les grands chefs mahlériens du moment sont incontestablement Abbado, Haitink, Rattle, Chailly et Jansons. On en oublierait presque Iván Fischer alors qu’il vient de donner à Paris avec l’Orchestre du festival de Budapest une cinquième symphonie de Mahler au plus haut niveau. Iván Fischer est un musicien complet ayant étudié le violon, le violoncelle et la composition à Budapest avant d’aller parfaire sa formation à Vienne auprès de Hans Swarowsky, ce grand pédagogue qui a aussi formé Abbado et Mehta. Iván Fischer a fondé il y a bientôt 30 ans l’orchestre du Festival de Budapest dont il est toujours directeur. Cet orchestre n’est pas seulement un des meilleurs orchestres européens c’est aussi un orchestre ouvert sur la ville de Budapest y donnant d’autres types de concerts, concerts pour les jeunes bien entendu, mais aussi concerts de minuit pour les étudiants, concerts surprises, sans programme connu à l’avance, et des concerts gratuits en plein air au cours desquels Iván Fischer n’hésite pas à s’adresser au public. En quelque sorte, Iván Ficher et ses musiciens mènent une vraie politique de renouvellement du public comme on aimerait en voir plus en France. Le statut de fondation indépendante obtenu en 1992 participe certainement de ce dynamisme et de cet investissement dans la vie musicale de Budapest.

Au programme de ce concert très «Mitteleuropa» Bartók et Mahler, une association finalement pas si fréquente au concert. En première partie, les «Chansons Paysannes», créées en 1933 à Amsterdam, apparaissent comme du Bartók classique sans l’âpreté habituelle d’autres œuvres de ce compositeur. L’orchestre s’y révèle d’une magnifique sonorité d’ensemble et d’une grande réactivité et souplesse. Bien différent est le premier concerto pour violon, moins célèbre que le second et créé seulement après la mort de Bartók. A l’époque de sa composition, Bartók est amoureux d’une jeune violoniste, Stefi Geyer. Il compose alors une œuvre en deux mouvements, véritable portrait de la jeune femme, un bel andante initial que Bartók décrit comme «ton leitmotiv» et un final jubilatoire notamment fait pour mettre en valeur la virtuosité de l’interprète. Mais Bartók rompt avec Stefi Geyer en 1908 et cette dernière garde la partition dans ses archives. Stefi Geyer meurt en 1956 et Paul Sacher le mécène et chef suisse créé ce concerto en 1958 à Bâle avec en soliste Heinz Schneeberger. Naturellement, les musiciens de l’Orchestre du Festival de Budapest comme le violoniste József Lendvay et Iván Fischer sont à l’aise avec cette musique à laquelle ils donnent lumière, rythmes et contrastes.

La seconde partie, consacrée à la cinquième symphonie de Mahler, montre encore mieux les infinies possibilités de cet orchestre fabuleux qu’est l’Orchestre du Festival de Budapest. On sait qu’il est composé des meilleurs musiciens hongrois mais cette richesse individuelle ne suffit pas nécessairement à faire un bon orchestre. Dès l’accord, qui se fait sans doute par tradition ancestrale sur plusieurs notes, on devine la puissance de ce fabuleux orchestre. Et dès l’entrée de la trompette solo précise et lumineuse de Zsolt Czeglédi on sait que l’on va vivre un moment exceptionnel de musique. Le son de cet ensemble est véritablement somptueux avec des tutti d’une incroyable force tellurique. Tout y est admirable notamment les cordes graves, à l’image de la concurrence viennoise, les cuivres qui ont la clarté des cuivres américains avec en plus une belle rondeur, les percussions toujours puissantes mais sans jamais cogner… L’enchaînement des cinq extraordinaires mouvements de cette œuvre fleuve fait découvrir à chaque instant de nouvelles richesses constamment mises en lumière par un Iván Fischer omniprésent et à la fois précis et engagé. On sent aussi chez ces interprètes un plaisir et une joie de jouer cette musique dont Iván Fischer aime à dire qu’elle est plus hongroise que viennoise. A ce propos on rappellera que Gustav Mahler fut directeur de l’opéra de Budapest de 1988 à 1898… En sortant d’un tel concert, on se dit une nouvelle fois que ce qui fait la supériorité de ce type d’orchestre c’est à la fois l’investissement personnel de chaque musicien et le sens du collectif, deux qualités qui manquent tant à trop d’ensembles français. Il suffisait de regarder les contrebassistes arc-boutés et sollicitant leurs instruments ou la magnifique allure de Zoltán Szdke, cor solo installé au devant de l’orchestre pour le troisième mouvement, pour percevoir au mieux ce mélange d'investissement et de concentration qui est la marque des artistes accomplis. Chapeau Messieurs et Mesdames de l’Orchestre du Festival de Budapest ! Iván Fischer a finalement raison, Gustav Mahler est un peu vôtre et c’est pour notre plus grand bonheur.

Gilles Lesur

26 septembre 2012, Salle Pleyel, Béla Bartók (1881-1945), Chansons paysannes hongroises pour orchestre Sz.100, Concerto pour violon n°1 Sz.36, József Lendvay, Gustav Mahler (1860-1911), Cinquième symphonie en do dièse mineur, Orchestre du Festival de Budapest, direction Iván Fischer

Cette chronique vous donne envie de Hongrie. Lisez le magnifique «Mémoires de Hongrie» de Sandor Márai. L’auteur y évoque cette période trouble de l'après seconde guerre mondiale en Hongrie. On y découvre un homme droit, cultivé, déçu par la France et choisissant l'exil plutôt que sa perte intérieure par la compromission. D'une actualité inusable et admirable. Passionnant.

Ces interprètes ont déjà publié chez "Channel Classics" de magnifiques enregistrements des symphonies 1, 2, 4 et 6 de Gustav Mahler. Une cinquième symphonie est annoncée pour très bientôt.

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