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Will you still need me, when I'm sixty-four ?
11-01-2013


Je me revois encore en train de regarder le concert du 31 décembre en direct de la Philharmonie de Berlin sur Mezzo. Pas passionné par la musique baroque, j’ai une nouvelle fois trouvé que les pyrotechnies vocales de Melle Cecilia Bartoli tournaient de plus en plus à la caricature. Avoir un tel talent et le gâcher comme elle le fait depuis trop longtemps reste pour moi toujours un mystère. Mozart, Rossini et tant d'autres musiciens de génie qu'elle chantait comme nulle autre sont tellement plus intéressants. Vint ensuite la seconde partie du concert consacrée à Brahms et Ravel, drôle de mélange tout de même après Rameau et Haendel, et pour la première fois de ma vie, en entendant ou regardant Simon Rattle, je me suis dit que quelque chose ne fonctionnait pas. Bien entendu, le son était somptueux, les lignes toutes audibles, le solo d’Emmanuel Pahud dans Daphnis exceptionnel, les nuances magnifiques et le style parfait, mais Simon Rattle paraissait moins concerné qu’habituellement. Soyez rassurés, un Simon Rattle moins concerné c’est déjà beaucoup plus intéressant que certains chefs parisiens injustement adulés, même au meilleur de leur forme. Je me suis même pris à penser, "ce garçon s’ennuie il ne va pas renouveler son contrat"... Et le 10 janvier au soir, la nouvelle est tombée par le site «Berliner Philharmoniker» : Simon Rattle quittera la direction de l'Orchestre Philharmonique de Berlin en 2018 après 17 ans de présence à Berlin.

Ce chef exceptionnel et cet homme tout aussi exceptionnel a profondément fait évoluer cet orchestre le modernisant dans son fonctionnement, ouvrant le recrutement, élargissant son répertoire et ses missions, notamment dans les écoles et auprès de publics non favorisés. Contrairement à ce qu'on voulu faire croire certains critiques allemands, l'Orchestre Philharmonique de Berlin est toujours le meilleur ensemble du monde et il est devenu, grâce à Abbado d'abord, puis à Rattle ensuite, capable de tout jouer de Bach à Adès. Simon Rattle laisse également une maison au firmament de la technique avec cet incroyable «Digital Hall», salle de concert numérique, élaborée avec les meilleurs techniciens de Sony, qui permet de voir en direct et de revoir à tout moment en haute définition dans des prises de vue intelligentes et musicales tous les concerts des «Berliner Philharmoniker» comme si on y était.

Il faudra un successeur vraiment très doué, investi et charismatique pour remplacer une telle personnalité. A ce propos, réfléchissons à la situation. Daniel Barenboïm, candidat malheureux au tour précédent, ne me semble pas le mieux placé. D’abord, le veut-il encore ? Rien n'est moins sûr et même si son ami Stéphane Lissner quittera la Scala en 2016, il vient d’avoir 70 ans (ce qui signifie 75 ans en 2018) et dit partout que ce qui compte pour lui avant tout maintenant c’est le "West-Eastern Divan Orchestra"….Même s'il lui arrive aussi de dire qu'il en a assez de voir les travaux du «Staatsoper Berlin» se prolonger tous les ans un peu plus, il est tout de même, sur le papier au moins "Generalmusikdirektor" de cette institution jusqu'en 2022. Mariss Janssons, lui aussi actuellement âgé de 70 ans, chef exceptionnel, qui plus est germaniste est actuellement directeur de deux orchestres (Concertgebouw Amsterdam, Radio Bavaroise) et est très apprécié à Berlin comme partout. De santé fragile, il pourrait préférer d'autres activités moins exposées. Riccardo Chailly (60 ans cette année) a probablement certains atouts dans son jeu. Il a dirigé au début de sa carrière l’Orchestre RIAS de Berlin, devenu depuis «Deutsches Symphonie Orchester Berlin», puis deux institutions symphoniques exceptionnelles, le "Concertgebouw Amsterdam" de 1988 à 2004 et le "Gewandhaus Leipzig" depuis 2005. Il a incontestablement réussi dans ces deux institutions, à l'époque un peu sclérosées, qu'il a modernisées avec succès. De plus, il parle allemand couramment, possède un immense répertoire, notamment en terme de musique symphonique allemande (Brahms, Mahler, Bruckner) qu'il dirige magnifiquement ce qui ne l'empêche pas d'aborder également Bach, récemment enregistré à Leipzig sur des instruments modernes, et la musique du XX° siècle (on se souvient d'une extraordinaire intégrale Varèse faite à Amsterdam) et contemporaine. Yannick Nézet-Séguin et Gustavo Dudamel viennent de s’engager pour longtemps respectivement à Philadelphie et à Los Angeles et il est peu probable de les voir arriver dès 2018 à Berlin... à moins qu'un arrangement ne soit trouvé ! Christian Thielemann, né à Berlin en 1959, est sans doute trop «germano-centré», et le prendre comme chef serait un retour en arrière que les Berliner auront sans doute du mal à accepter. De plus, après avoir claqué la porte de Munich, il a pris en septembre dernier les fonctions de directeur musical à Dresde.

Il se pourrait donc que la lueur, comme souvent en terme de direction d'orchestre, vienne du Nord ou de l'Est. Andris Nelsons, que certains appellent déjà le Karajan du XXI° siècle, me semble un outsider sérieux et pourrait créer la surprise. En contrat jusqu'en 2015 à Birmingham (ancien fief de Rattle...) il a néanmoins déjà été fortement pressenti pour l'orchestre symphonique de Boston. Esa Pekka Salonen, né en 1958, est également très apprécié à Berlin comme ailleurs et fait actuellement des miracles au "Philharmonia Orchestra" de Londres...qu'il pourrait quitter en 2018 après 10 ans de présence. Pressenti un temps au Philharmonique de Radio France il a toutefois préféré renoncer disant vouloir se consacrer plus à la composition. Mais il a montré à Los Angeles quel directeur musical présent, inventif et ouvert il pouvait être et le Philharmonique de Radio France n'est pas la Philharmonie de Berlin. Mais n’oublions surtout pas la Russie, l’immense Russie, qui regorge de chefs de génie. Le premier d’entre eux est Tugan Sokhiev dont le contrat toulousain se termine en 2016 et celui au «Deutsches Symphonie Orchester Berlin», débuté en septembre, en 2017. Il n’aurait donc plus qu’à passer à l’Ouest de Berlin et à patienter pendant une grande année…Il a montré à Toulouse qu'il possède les qualités d'un grand directeur musical et me paraît un candidat tout à fait sérieux réunissant génie de la direction, charisme et jeunesse. Et en 5 ans il aura le temps d'élargir son répertoire et d'encore progresser. Il y a également les frères Jurowski, surtout le très doué Vladimir, né en 1976, en poste au Philharmonique de Londres, plus connu que son frère Dimitri, né en 1979, et aussi Vassily Petrenko, né en 1976, actuellement directeur de l’Orchestre Royal de Liverpool et qui deviendra directeur de l’orchestre Philharmonique d’Oslo en 2014. Un chef russe à Berlin pourquoi pas ? Et Tugan Sokhiev me parait avoir toutes les qualités requises. N'oublions toutefois pas une donnée essentielle : à Berlin, contrairement à Paris où ce type de décision se fait trop souvent dans l'opacité de cabinets obscurs, le choix revient aux musiciens. Faisons leur confiance pour choisir le meilleur chef pour ce poste hors du commun.

Ce départ de Simon Rattle aura sans doute d'autres conséquences. La première, le départ probable de l'ami de toujours, Simon Halsey, chef du "Rundfunkchor Berlin" depuis 2001, d'ailleurs nommé au LSO Chorus en mai dernier et dont le contrat qui se termine en 2016 ne sera sans doute pas renouvelé. Et la seconde qui fait que, selon le principe bien connu des chaises musicales la nomination du successeur de Rattle pourrait avoir des conséquences dans d'autres institutions musicales jusqu'en France. Une question se pose suite à cette décision : que fera Sir Simon Rattle après 2018 ? Comme son prédécesseur à Berlin, Claudio Abbado, faisons confiance à Simon Rattle, 64 ans en 2018, comme il le rappelait dans son communiqué en citant avec un humour typiquement anglais la chanson des Beatles de l'album Sergent Pepeer's (When I'm sixty-four), pour rebondir avec intelligence et originalité. Quelque chose me dit que les deux Simon, Rattle et Hasley, pourraient avoir envie de continuer de collaborer au plus haut niveau. Simon Rattle a d'ailleurs déjà fait un premier pas en dirigeant le LSO et Mister Bean lors de l'ouverture des Jeux Olympiques de Londres. Alors rendez-vous à Londres ? L'avenir le dira...

Georg Crécelle

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