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La triste et triviale fin du choeur Colonne
10-04-2013


La nouvelle est tombée par un courrier signé de M Kasic, secrétaire général de l’Orchestre Colonne : le chœur de l’orchestre Colonne cessera son activité en 2013. Cet ensemble amateur fondé en 1982, successivement dirigé par Jean Sourisse, Patrick Marco et Francis Bardot vit donc ses dernières heures. Il nous faut, chanteurs amateurs, réfléchir à cette décision, se positionner sur sa forme et sur le fond et réagir.
Cette décision a été annoncée aux chanteurs par mail dans un message au ton choquant. On ne sent dans ce texte bâclé aucune empathie ni reconnaissance de l’engagement de ces chanteurs qui donnent bénévolement pour une institution contente de trouver une main d’œuvre peu coûteuse et souvent corvéable plus que de raison. Nos pensées amicales vont d’abord à ces chanteurs blessés et tristes de cette décision comme de ce ton. Quel mépris et quelle lâcheté de ne pas venir rencontrer les intéressés.
M Kasic indique que cette décision a été prise conjointement par M Petitgirard, directeur de l’orchestre Colonne, Francis Bardot, chef de chœur depuis octobre 2009 et lui-même. Cette décision est présentée comme liée aux incertitudes sur le lieu des futurs concerts de l’orchestre Colonne suite à la réorientation prévue de la programmation de Pleyel à partir de 2014, à des difficultés de financement ne permettant pas une campagne de recrutement et au niveau artistique du chœur jugé insuffisant. L’argument du lieu est faible car beaucoup des concerts du chœur Colonne sont déjà donnés hors de Pleyel. Quant aux difficultés de financement évoquées, elles étonnent alors que le recrutement du choeur Microcosmos est signé pour le «Guru», opéra de M Petitgirard, qui sera donné au Châtelet en février 2014 ! Mais l’argument central de ce courrier est sans doute le niveau artistique du chœur. M Kasic écrit «Même avec quelques renforts, y compris dans un répertoire standard du type Requiem de Brahms, le résultat n’est plus tout à fait ce que nous attendons d’un chœur». Le chef de chœur est pourtant salué quelques lignes plus haut «Francis Bardot qui n’a pas ménagé ses efforts …et dont je veux saluer l’excellent travail». Mais peut-on réellement refonder en 3 ans un chœur délaissé de bons éléments au départ du précédent chef de chœur sans se donner les moyens de recruter et de réformer en profondeur comme Francis Bardot l’a proposé plusieurs fois à la direction ? La réponse est clairement non et tous les bons chœurs amateurs ont à leur tête un chef installé dans la durée. Il est donc intellectuellement malhonnête de se servir de l’argument artistique, qui en fait cache l’absence de volonté, pour faire disparaître le chœur !
Cette oukase injuste et les maladresses qui l’entourent doivent alerter sur plusieurs points. Il est clair que malgré les déclarations de certains responsables politiques, les amateurs sont dans le collimateur de celles et ceux qui ont de l’influence dans le milieu musical...La majorité des musiciens professionnels participe de ce mouvement et on sait bien comme le mélange amateurs/professionnels pose problème dans notre pays alors que dans beaucoup d’autres il est non seulement naturel mais encouragé. Est-ce une question de culture, de niveau des chœurs, de volontarisme des chefs de chœur ou des responsables musicaux ? Probablement des trois à la fois. On en prendra pour exemple la création l’année dernière du chœur Lamoureux à l’initiative d’un homme, Fayçal Karoui, qui montre depuis qu’il s’occupe de l’orchestre Lamoureux, et malgré d’importantes difficultés budgétaires, une vraie volonté de faire bouger l’institution symphonique qui en a tant besoin. On rêverait que l’orchestre Colonne et d’autres institutions, dont certaines très largement subventionnées, montrent la même énergie et le même enthousiasme…
Ne soyons pas naïfs en pensant que le cas du chœur Colonne est unique (souvenons-nous de l’éphémère chœur de l’orchestre Pasdeloup) et non transposable alors même que cette décision montre de façon cruelle la précarité des chœurs symphoniques amateurs en France. Il est clair que la multiplication de chœurs à effectif réduit, leur professionnalisation ainsi que le mouvement baroque font que le répertoire de ces grands ensembles s’est de fait réduit et que l’exigence de qualité est plus grande. Il peut alors être tentant pour une direction motivée par divers intérêts ou qui n’aime pas le travail avec les amateurs d’engager à la demande un chœur professionnel plutôt que de faire vivre et rayonner (ce qui demande volonté, temps et énergie) un ensemble amateur permanent. De plus, les règles de fonctionnement des ensembles professionnels sont claires alors que le vide juridique complet qui entoure les amateurs leur est ,à l’évidence, préjudiciable.
La triste mort du chœur Colonne doit nous faire réagir. Ne nous voilons pas la face, le chemin que nous avons à faire pour atteindre le niveau des ensembles européens équivalents est grand. Mais n’attendons pas tout des autres, arrivons mieux préparés en répétition, soyons y plus attentif, acquérons plus d’indépendance, travaillons notre voix et les textes en langues étrangères, etc.… Mais il nous faudra aussi prendre des initiatives pour acquérir une vraie indépendance en prenant modèle sur ces structures étrangères dont le niveau et la vitalité font rêver beaucoup d’entre nous. Une vraie autonomie rendrait de fait impossible un tel diktat. A titre d’exemple, le «Wiener Singverein» qui reçoit subventions et dons, fonctionne avec un président et un conseil de direction élus et une assemblée générale annuelle. Il donnera cette année à Vienne avec les plus grands chefs du moment plus de 20 programmes. Le principe est le même à San Sebastian où plus de 50 entreprises (hôtels, banques, radios, universités, écoles de musique, entreprises) subventionnent «Orfeón Donostiarra» en échange de quelques concerts privés. Cela permet à cet ensemble prestigieux de se produire plus de 30 fois par an partout en Europe. Il faudra aussi apprendre à se fédérer et à accepter de réunir des ensembles d’origine diverse (chœurs d’enfants, de jeunes et d’adultes) pour tel ou tel programme pour être meilleurs et plus forts et ainsi montrer que, contrairement à beaucoup de professionnels français rétifs à toute idée de collaboration, nous sommes capables de nous unir pour servir et partager avec exigence et passion et en vrais amateurs (ceux qui aiment) la musique.
Décision idiote et atterrante donc, que cette mort du chœur de l’Orchestre Colonne. Si seulement elle pouvait servir d’alarme et aider à une vraie réflexion afin d’éviter qu’elle ne soit suivie d’autres. Mais ne comptons pas trop sur le milieu musical qui se moque du sort du chœur de l’Orchestre Colonne et des structures équivalentes. Sachons toutefois nous entourer et nous faire aider dans cette indispensable évolution par des chefs de chœur professionnels convaincus qu’un chœur amateur peut faire des miracles artistiques et humains. Il en va de notre avenir dans ce monde décidément bien brutal et toujours autant autocratique. Chanteurs amateurs indignez-vous, réfléchissez, fédérez-vous et agitez vous !

Le bureau de l'Association des Amis d'Arthur Oldham

La suite de l’histoire est devenue plus lisible à la mi-mai avec la publication de la brochure de la saison 2013/2014 de l’Orchestre Colonne. Remarquons d'abord que cette brochure ne fait plus mention dans l’historique de l’institution du chœur Colonne : la classe ! Quant à son contenu, il éclaire la mort du choeur Colonne d’une ambiance bien française. Ainsi, en la parcourant on découvre au mois de juin un «Stabat Mater» de Dvorak programmé avec le Chœur Universitaire de Paris, dont le chef est Guillaume Connesson. Si vous ne voyez pas le rapport, tapez Laurent Petitgirard et Guillaume Connesson sur Google et vous comprendrez vite… Alors même que le niveau du chœur en question est proche du celui du feu chœur Colonne… La mort du chœur Colonne, c’est donc bien aussi et tout bêtement la victoire des réseaux à la française qui font tant de mal à notre pays... Il n'était vraiment pas nécessaire d'aller inventer des alibis financiers ou artistiques. Quelle tristesse et quelle médiocrité !

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